En 1879, Tattegrain soutient avec succès sa thèse de droit mais renonce à la magistrature pour entrer dans la carrière de peintre. Deux de ses toiles sont alors admises au Salon : Un Coup d'épaule et Au large, pendant la pêche du hareng. C'est le début d'une fidélité infaillible à ce mode d'exposition traditionnel. De 1879 à 1914, Tattegrain présente en effet tous les ans une ou deux toiles au Salon.

Tattegrain sacrifie tout à l'art et passe des journées entières à travailler. Lorsqu'il gagne les falaises du Cran-aux- Œufs au nord de Boulogne-sur-Mer, il quitte Berck à cinq heures du matin et prend le train jusqu'à Wimereux. De là, une patache le conduit à Audresselles. Il achève ce pénible trajet par trois ou quatre kilomètres de marche sur la plage ou en haut de la falaise. C'est un travailleur infatigable, il est dur pour lui-même au point que Virginie Demont- Breton le compare à un anachorète. Indifférent au confort, Tattegrain est dehors par tous les temps, sous le vent et la neige, de jour comme de nuit. Il lui est même arrivé d'avoir le doigt qui tenait la palette gelé après une longue étude dans le froid.

Des falaises du boulonnais, où il peint les Sauveteurs d'épaves, à la Baie de Canche, Tattegrain parcourt la cote en toutes saisons. Il sillonne le Sentier des douaniers qui longe la côte d'Opale permettant d'empêcher la contrebande mais aussi d'intervenir en cas de naufrage. Il connaît d'autant mieux toutes les nuances de la végétation des dunes qu'elles constituent son territoire de chasse privilégié. Ces paysages servent aussi de cadre à nombre de drames humains relevant de compositions d'histoire ou de la douloureuse actualité des rivages septentrionaux.

À l'atelier de Berck-sur-Mer, son pays d'adoption, Tattegrain adjoint celui des dunes du village voisin de Groffliers, au milieu des cent hectares dont il est propriétaire entre Berck et la baie d'Authie. Là, un système de contrepoids et de câbles glissant sur des poulies, inspiré des manœuvres maritimes, lui permet de remplacer la façade rabattue par un châssis de huit mètres de large sur quatre de haut et de travailler ses plus grandes compositions à la lumière naturelle.

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Tattegrain saisit ses modèles sur le vif, fouillant leurs physionomies pour y trouver l'expression d'une personnalité qu'il transcrit sans en lisser les contours.
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Dans les 52 portraits de pensionnaires de l'Asile Maritime, œuvre de bienfaisance sur laquelle il veille, en compagnie de la baronne de Rothschild, il révèle sans fard sa familiarité avec la population maritime et l'empathie qu'il éprouve pour ces vieux marins endurcis par la vie, aux visages burinés par les embruns.
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